Les légendes

LA LEGENDE DE MELUSINE

 

ARNOLD-la-tour-Melusine-et-oiseaux-VouvantCette légende nous a été transmise par le roman de Jean d’Arras au XIVe siècle.

Un soir en forêt de Coulombiers, après une longue journée de chasse, Aimeri, comte de Poitiers et son neveu Raimondin poursuivent un sanglier. Leur course les amène près de Lusignan. Et là, Raimondin tue accidentellement son oncle. Désespéré, Raimondin erre dans la forêt et c’est alors qu’il découvre trois jeunes filles dans une clairière, dansant au clair de lune. L’une d’elle lui sourit. Il s’agit de Mélusine. Elle est fée, fille d’Elinas, roi d’Albanie et de la fée Pressine. Sa mère pour la punir d’être méchante avec son père, l’a condamnée à l’immortalité à moins qu’elle ne se fasse aimer d’un homme qui accepte de ne pas la voir le samedi. En effet, ce jour là, Mélusine prend son bain et ses longues jambes fines se transforment en une horrible queue écailleuse. Si son mari la surprend, elle ne pourra pas retrouver sa forme humaine.

Raimondin tombe sous le charme de Mélusine et l’épouse, jurant de ne jamais chercher à la voir le samedi.

Peinture à l'huile sur toile - Séverine Pineaux
Peinture à l’huile sur toile – Séverine Pineaux

De retour à la cour, Raimondin accuse le sanglier d’avoir tué son oncle et demande une pièce de terre pouvant entrer dans la peau d’un cerf. Les barons se moquent de lui mais en découpant la peau en petites lanières, Raimondin réussit à tracer un vaste territoire. Quant au château, il ne faudra qu’une nuit à Mélusine pour le construire avec « trois dornées de pierres et une goulée d’ève »*. Elle en édifiera d’autres sur les collines environnantes pour conforter la puissance de Raimondin.

Mais tant de fortune suscite bien des jalousies. Pourquoi les dix fils de Mélusine et de Raimondin ont-ils des marques physiques étranges : un œil au milieu du front, une grande oreille, une dent qui sort de la bouche… Pourquoi Mélusine s’enferme-t-elle le samedi ?

Mal conseillé par son frère, Raimondin ne va pas tenir sa promesse et un samedi va espionner Mélusine. Trahie, elle va alors s’envoler par la fenêtre en proférant des menaces sur toutes les forteresses qu’elle avait construites.

«  Pouzauges, Tiffauges, Mervent, Châteaumur et Vouvant iront chaqu’an,
je le jure, d’une pierre en périssant »

Elle revient encore certains soirs hanter les ruines de ses forteresses.

* Trois tabliers remplis de pierres et une gorgée d’eau.


LA LEGENDE DE LA COUR DU MIRACLE

la-cour-du-miracle-VouvantNOËL 1715

Il fait bien froid. La mère Catherine Imbert hésite, prend son mantelet et se faufilant dans la rue, va frapper à la porte du père de Montfort *, missionnaire apostolique, arrivé depuis quelques jours, à l’appel du curé Jean Garet, en la vieille cité de Vouvant. Elle est inquiète la mère Catherine, on le dit tellement bizarre ce père de Montfort à qui Vouvant fit un si pénible accueil. Mais que ne ferait pas une grand-mère pour son petit-fils malade.
Elle explique…

L’homme de Dieu la suit.

A la nuit tombante, il arrive près du lit où l’enfant repose, les yeux brillants de fièvre. Il reconnaît alors l’un des gamins qui l’accueillit à coup de pierres. Son visage austère s’éclaire et sourit…
– Que veux-tu mon petit ?
– Je ne sais pas.
– Voyons, tu ne désires pas quelque chose ?

Le petit malade hésite puis :
– Oh oui ! Je voudrais bien manger des cerises.

Alors sans se désemparer, le père de Montfort demande :
– Mère Imbert, avez-vous un cerisier ?
– Oui, répond celle-ci, dans la cour, tout près.

– Et bien, allez et cueillez-moi des cerises.
– Des cerises en décembre ?

Émue, elle prend quand même son panier tout en pensant : “Il a bien, comme on le dit, le cerveau dérangé”. Elle sort et retourne aussitôt :
– Mon père, des cerises point, mais il y a des feuilles.
– Allez Catherine, vous dis-je.

Elle repartit et revint tenant sa bourriche toute pleine de beaux fruits rouges.
L’enfant en mangea et fut guéri…
Mère Imbert dormit mal. Demain pensait-elle, quelle fortune à faire sur le marché de Fontenay Le Comte. Elle courut à l’aube…
Le cerisier était couvert de neige.

Depuis lors, ce lieu est appelé la Cour du Miracle.

*Le père Louis-Marie Grignon de Montfort est un missionnaire né en 1673. C’est auprès de son oncle, prêtre à Rennes, chez lequel il est placé, qu’il suit des cours au collège jésuite avant d’entrer dans la prêtrise. Après son ordination en 1700, il exerce son ministère à Nantes puis sera aumônier à l’hôpital général de Poitiers. Il y fondera avec Marie-Louise Trichet les Sœurs de la Sagesse en février 1703. Cette même année, il prendra en charge l’aumônerie de l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. En 1706, le pape Clément XI lui confie le titre de  » missionnaire apostolique  » et le charge de prêcher l’Évangile en France. Il prêchera plus de deux cents missions et retraites jusqu’en 1715 et sera chargé de l’évangélisation de La Rochelle et de l’île d’Yeu. Il fondera au total trois congrégations religieuses : les Pères missionnaires montfortains, les Filles de la Sagesse et les Frères de Saint-Gabriel, et rédigera de nombreux ouvrages et traités religieux. En 1715, il s’installe en ermite dans une petite grotte en forêt de Mervent. Il en sera chassé pour avoir abattu des arbres de la forêt royale sans autorisation. Il prêchera sa dernière retraite à Saint-Laurent-sur-Sèvre le 5 avril 1716 et y sera inhumé quelques jours plus tard dans la chapelle de la Sainte-Vierge. Il sera béatifié le 22 janvier 1888 et canonisé en 1947 par le pape Pie XII.